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Auteur "Philippe Delerm" : 29 résultats (sur 3384 citations)

absence

l’absence

L’absence ce n’est rien. Une table posée contre l’océan du silence, de l’encre et du papier. Tout est très fort, la nuit s’efface ou la nuit vient, je n’ai pas peur. La tête un peu penchée, je ne regarde que la feuille de papier. Les mots s’envolent et tu es là. L’absence ce n’est rien – un peu de temps très pur pour inventer demain.

certitude

la certitude

On s’est risqué, on a failli couler, on a nagé tant bien que mal. On sait que l’eau est infinie, qu’on n’apprivoisera jamais tous les courants secrets. L’obscurité est si profonde, alors pourquoi tenter de tout geler ? La glace de la vérité coupe et déchire à la surface, dérisoire. Bientôt, elle ne sera plus de saison. C’est un hiver de soi, la certitude.

confiance

la confiance

On ne sait pas ce qu’on attend. Ce serait tellement simple de voir la vie en noir, la vie en rose. Mais les jours ne se suivent pas, ne se ressemblent pas. Combien de temps perdu ? Aucun. Combien de certitudes ? Pas. Comment sort-on de la coquille ? Fragile.

action

l’action

Cette mélancolie qui vient, avant. Jamais les choses n’avaient semblé si proches, si bonnes, si faciles à goûter. Jamais la lumière n’avait atteint cette paix absolue. Mais on n’est pas vraiment dupe. Cette sérénité, c’est parce qu’on est au bord de la quitter ; cette immobilité, c’est parce qu’on va se lever, s’élancer. Il y aura tant à regretter. C’est effrayant ce que le monde est calme, avant.

actualité

l’actualité

Il ne faut pas y croire. Ce temps qu’ils voudraient imposer n’est pas la vie. C’est très bien qu’ils se trompent : le malheur des autres ne console de rien. C’est le contraire de nos jours, ces catastrophes à faire semblant de partager, entre la météo et la publicité. On n’y sera jamais ensemble.

désobéissance

la désobéissance

Quelques pages arrachées, le vent qui souffle, un air de liberté.

âge

l’âge

On ne sait rien de plus. Parfois on se croit nu, parfois on se croit libre, et quelquefois perdu. Où sont les traces effacées, vont-elles toutes disparaître ? Y avait-il un chemin ? S’est-il arrêté quelque part ? A-t-il recommencé ? Pourquoi ne peut-on pas vraiment se retourner ? L’air semble si léger, mais on n’a rien appris. On n’est jamais au bout de soi, au bout de rien. On se sent las, on se sent bien.

liberté

la liberté

Être seul sans solitude. Devenir à la fois l’île et le bateau qui rêve d’île. Tenir l’espace sans bouger, arrêter le temps sans cesser d’avancer. Heureux, désespéré, heureux, brûler, geler. Garder l’enfance. Lire.

amitié

l’amitié

Avec l’eau des instants volés. L’eau forte des secrets, l’eau calme et simple des jours sans importance. Avec rien à donner mais tout le temps perdu, le courage des heures et les rêves blessés. Pour inventer quelqu’un de l’autre côté du silence ; pour l’ombre d’un sourire et la fraîcheur d’un long feuillage, cet arbre de douceur au cœur du monde.

naissance

la naissance

Je ne viens pas du hasard. Tant de choses m’attachent, me retiennent, tant de voix m’accompagnent, au-delà du silence, après m’avoir parlé. Mais je porte ma chaîne, et j’avance quand même, et je découvre que le chemin n’est pas tracé.

patience

la patience

Juste semer quelques graines, et les abandonner au temps. Surtout ne rien précipiter. Se contenter du moindre signe. Devenir allié du silence, ami des jours perdus.

peur

la peur

J’ai peur du jour où je n’aurai plus peur.

séparation

la séparation

J’ai cru me faire de la lumière et je t’ai fait de l’ombre, plus longue maintenant, je sais, le soir descend. Les failles du passés sont familières : elles ne s’écartent plus, ne se rapprochent pas. Est-ce que nous attendons le même rayon vert ?

solitude

la solitude

À quoi bon sortir ? Je m’emmène partout ; partout je me fais de l’ombre. Et puis je suis bien comme ça, je connais mes limites, me resserre, me ressemble. Je regarde. Le monde me traverse, ou bien c’est moi qui le contiens. Quelqu’un attend autant que moi, sinon je ne serais pas triste. Quelqu’un s’attend. Quelqu’un m’attend. Ne pas bouger, ne rien effaroucher. Quand le temps nous aura fait trop mal un jour viendra.

vérité

la vérité

Elle a toujours sa sœur jumelle. Elles ont grandi ensemble, et le monde était rond. Elles portaient les mêmes robes. Un jour, elles ont cru qu’elles avaient changé. Elles ont choisi des couleurs différentes. Elles ont tellement peur de trop se ressembler qu’elles ne veulent plus se regarder.

bonheur

le bonheur

Je ne suis pas funambule. J’avance pas à pas. Je ne sais rien des jours, je glisse sur un fil, au loin je ne vois pas. Si je regarde en bas c’est le vertige, je ne regarde pas. Je risque à chaque pas et j’avance, docile. À chaque risque le bonheur est là. J’avance vers moi ; le bout du fil n’existe pas.

chagrin

le chagrin

Et je vivrai cette ombre dessinée contre l’oubli.

courage

le courage

Chaque jour sans lever les yeux. La tâche est là, rituelle, évidente. Si dérisoire, si souvent. Longtemps, ô si longtemps rien ne semble changer. Il faut rester les yeux rivés au sol. Quelque part une aube se prépare.

désenchantement

le désenchantement

Il y a des jours où les citrouilles ne sont que des citrouilles.

enfance

l’enfance

Lumière la plus haute, transparence du regard. Rien ne sépare de plus loin – ailleurs est un pays d’ici. Un anneau pour Saturne, un autre encore pour une planète inconnue, la plus belle, la plus pure. Pour s’approcher du ciel, pas besoin d’être grand – mais connaître par cœur le jeu des anneaux, le silence. Lancer très haut vers l’inconnu les anneaux clairs. Ne pas douter, ne pas comprendre. Regarder.

rêve

le rêve

Bulles de temps, gouttes légères. À peines un souffle, et l’eau se gonfle de secret, se détache, s’envole. À peine un souffle, et la mélancolie part en voyage. Un peu plus haut, les frontières s’effacent, un peu plus loin. Les peines s’apprivoisent dans l’espace. La terre devient bulle, et la bulle une terre.

souvenir

les souvenirs

Feuilles d’arbres froissées, feuilles séchées, les choses se détachent. Un peu moins de couleurs, un peu moins de parfums, les jours tombent en sommeil. Le soleil est resté, dilué dans le brouillard. Été de la Saint-Martin, lent regard de novembre, les feuilles de la vie deviennent au ralenti des feuilles de papier.

temps

le temps

Si la courbe du temps épousait tout à fait la courbe de la terre, il n’y aurait plus rien à devenir, à espérer. Mais il y a cette lisière, cette infime clairière qui change tout… Une langue d’espace où les secondes disparaissent, deviennent un battement de cœur. Un enfant peut venir, le mystère reste entier.

voyage

le voyage

Partout on s’emmène soi-même. Alors partir sans vouloir un ailleurs. Partir pour se trouver. Dans le silence, dans l’espace. Juste au-dessus du temps, juste au-delà des peines. Partir sans oublier. Pour regarder de plus haut, faire semblant de se laisser aller au vent. Pour inventer le sens du fil qui nous attache.

hésitation

l’hésitation

À moi de jouer. Personne ne le sait encore. Je n’ai plus envie de bouger, pas envie de changer. Pourquoi faut-il choisir, pourquoi faut-il agir ? Tout semblait si simple. Je n’avais rien encore à séparer. Mais les ombres s’allongent, à quoi bon reculer ? Bientôt je n’appartiendrai plus qu’à la moitié du monde. À moi de jouer.

identité

l’identité

Je n’aime pas cette question que je me pose. Je voudrais aimer la réponse, seulement. Entre les miroirs, seuls les autres me voient. Alors je fuis, je vis, je me sens libre, je m’oublie. Les autres me reconnaissent, et ne me connaissent pas. Je reviens au miroir. Je crois quelquefois me connaître – et je ne me reconnais pas.

impertinence

l’impertinence

Ils voulaient que je me ressemble à leur idée. Qu’ils gardent mon reflet, ma chaîne, tout mon faux passé. Dans le vent froid de leur silence je m’envole. Enfin.

inspiration

l’inspiration

C’est le regard qui fait le monde.

oubli

l’oubli

Il ne restera rien qu’une courbe d’épaule.