OPiCitations

10 citations choisies aléatoirement (sur 3396 citations)

quotation

Comme il est d’une suprême sottise d’exprimer une vérité intempestive, il est de la dernière maladresse d’être sage à contretemps. Il agit à contretemps celui qui ne sait s’accommoder des choses telles qu’elles sont, qui n’obéit pas aux usages, qui oublie cette loi des banquets : « Bois ou va-t’en ! » et qui demande que la comédie ne soit pas une comédie.

création

La création est une préservation temporaire des griffes de la mort.

douleur

L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert.

cinéma

J’allai en ville voir trois films dans un ciné crasseux de Market Street. C’est une mauvaise habitude que j’avais. De temps en temps, j’avais besoin de me brouiller les idées à regarder d’énormes êtres plats rampant ici et là sur une immense tache de lumière, comme des vers dans l’intestin d’une tornade.

paradoxe

Cette phrase se contredit ; mais en fait, non.

égalité

La France a toujours cru que l’égalité consiste à trancher ce qui dépasse.

perfection

Quand on vise la perfection, on découvre que c’est une cible mobile.

bonheur

Qu’une vie est heureuse, quand elle commence par l’amour et finit par l’ambition.

vieillesse

On n’est pas vieux tant que l’on cherche.

quotation

  Ainsi le clin d’œil rendrait niais. Il donnerait le vertige. Mais qu’est-ce qu’un œil ouvert, un œil fermé. Un battement. Un oui, un non. Un oui en même temps qu’un non. Une contradiction. « Ah mon Dieu oui », dit son père. « Ah mon Dieu non », dit sa mère. Le tournis vient d’un dilemme.

  Le dilemme est une division : « Une idée tombait, en voici deux. Papa me le reprochait à sa façon : — Tu coupes les cheveux en quatre. » Un devient deux et deux sont vite quatre. Car la division est récursive. Elle se divise elle-même. Une fois. Deux fois. Quatre fois. Encore et encore. Elle est multiplication de divisions. Elle prolifère. Elle s’accélère. Il s’y perd. À l’inverse de ce que l’esprit attend, c’est le choix qui fait l’impasse, c’est le fil d’Ariane de la pensée qui crée le labyrinthe, c’est le fil du glaive qui fait le nœud gordien.

Oui/non. À quoi et à qui faut-il dire oui, faut-il dire non ? Qu’est-ce qui est bien ? Qu’est-ce qui est mal ? La division crée le bien et le mal. Toute contradiction inaugure un débat moral. Toute division introduit le principe du mal dans l’harmonie originelle du bien. Et la division de la division multiplie le mal. Bien/mal. Bien/mal. Bien/mal. Le va-et-vient de la répétition noie le sujet dans l’amas des idées ingouvernables, dans le grouillis, l’infernal bourdon de la prolifération. La répétition est à l’image de son obscène mouvement, péché. La multiplication est immorale. La prolifération, c’est la chute : de la virginité à la reproduction, de l’idée à l’organe, de l’Eden à l’Enfer : « Voici un objet, un être, une idée, un sentiment, on veut les exprimer. Avec la langue, les lèvres, on lance quelques sons. Ils forment un mot, un mot pur, un mot vierge. On est un peu comme Adam nommant les créatures dans les jardins de Dieu. Bon ! On répète le mot. L’objet se précise ; on l’étreint ; comme Dupéché à sa Louise, on lui colle les lèvres sur la bouche ; il prend sa couleur, sa place dans l’air, sa place dans votre cerveau. On le répète. Tout à coup, qu’est-ce qui se passe ? Une idée arrive, bourdonnante et se pose sur votre mot : une idée, deux idées, un vol d’idées. Là-dessous, vous voyez la vôtre, mais avec cette foule d’idées étrangères attachées à son dos. Et maintenant répétez, répétez tant qu’il vous plaira. Que reste-t-il ? Plus rien de votre mot : un grouillement d’idées qui se multiplient, qui s’entredévorent. »
(Préface de Le perce-oreille du Luxembourg)