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Sujet "folie" : 21 résultats (sur 3386 citations)

folie

  Autre chose. Fou à demi, j’aimerais mieux être fou en entier. Toujours la belle bleue ratée ! J’ai besoin que les choses soient totales, qu’elles durent, qu’elles soient avec plénitude, certitude, ce qu’elles sont. Si j’aimais, je voudrais aimer pleinement. Aimer avec mes doigts, avec mes yeux, avec ma bouche, avec mon âme, avec tout ce que renferment mon esprit et mon corps. Toujours, jamais : voilà des mots que je comprends ! Ce qui passe, ce qui ne dure pas, ce qui est incertain, ce qui arrivera peut-être, ce qui arrivera plus tard : je suis en plein vertige sur ma poutre. Ce qu’un de mes amis appelait : « Tes petits scrupules d’absolu ». Et ces scrupules, si je les accroche à Dieu ? Dieu ou Pas-Dieu, le monde tourne autour de cet axe. Des prêtres sont devenus prêtres parce qu’ils croyaient en lui, tout à coup ils ne croient plus. Des savants le nient, puis l’affirment. Comment savoir ? Qu’il existe, nom de nom, ou qu’il n’existe pas, mais que l’on soit fixé. Un jour, je me dis : « Peut-être oui », le lendemain « Peut-être non ». Jamais un Tout-oui, un Tout-non. S’interroger là-dessus, ne pouvoir s’en empêcher, est-ce être fou ?
  J’en arrive aux phénomènes extérieurs, ceux qu’un chacun peut voir. Quand je suis sérieux, je les appelle « mes mouvements » ; quand je plaisante « mes bêtises ». Entre parenthèses, si j’étais fou, dirais-je jamais : « mes bêtises » ? Voici. Si je parle d’un petit bonhomme qui est dans ma tête, entendons-nous : il n’y a pas de petit bonhomme dans ma tête. Les choses se passent comme s’il y était. Il commande, j’obéis. Tout à coup, c’est irrésistible : ma main se lève, je pointe mon pouce et dois l’enfoncer dans l’œil. Hif ! cela fait mal. L’œil droit est déjà entamé. Qu’arrivera-t-il, quand j’attaquerai le gauche ? Réagir ! Oui : c’est l’éternel conseil à ceux qui précisément ne peuvent réagir ! Quand je m’envoie le pouce, je me gronde : « Tu te blesses, tu es stupide ». Stupide ou non, il faut. Et le mouvement doit être bien fait.
  […]
  Bah ! ce sont des tics, les médecins l’affirment. Mais de grâce, que l’on se dispense de les arrêter dans une camisole de force. C’est comme si la plume sur le point de se partager, ne se partageait pas. Ce que l’on défend à mon pouce, ma pensée l’accomplit. C’est autrement pénible.

folie

  Eh ! je vous entends, Monsieur mon lecteur improbable. Je radote, je ne vous intéresse pas. Des faits, des faits, vous voulez des faits. Ou, comme je vous l’ai promis, des niaiseries. Le reste est neutre, pâle, blanc. Blanc ? Permettez ! Quand vous êtes au cinéma devant l’écran, que voyez-vous d’abord ? Vous voyez du blanc : une nappe de lumière blanche. Comment, sans ce blanc, distingueriez-vous le noir que sont les personnages ? Eh bien ! j’ai projeté ma lumière blanche. Les personnages peuvent venir. Attention ! voici papa.
  Papa, tel qu’il se présente, est un singulier bonhomme. Long, maigre, le nez qui coupe, les oreilles qui s’écartent. Il s’assied sur le bord de mon lit, me regarde, secoue la tête et sa bouche ne remue pas, puisqu’il ne dit rien. Ses oreilles, au contraire, s’agitent un peu. On dirait des ailes. Va-t-il s’envoler ? Non, les ailes sont trop faibles ou le corps est trop lourd. Que pense-t-il ? Que je suis un fou ? un imbécile ? En tout cas que je coûte de l’argent, alors que j’en pourrais gagner avec mes chiffres de haut en bas, de gauche à droite. Sur l’écran cela ne se voit pas : il ne m’aime pas, je ne l’aime pas, il me déteste. Je le sais, il le sait. Oh ! sans se le dire. Est-il besoin de se dire certaines choses ?
  Voici maman. J’adore maman. Je voudrais que tout le monde aimât maman. Je lui ressemble. Elle m’a donné ses yeux, des yeux inquiets trop grands ; son front, un beau front, large et fort, ridé chez elle, uni chez moi, avec une mèche noire qui lui fait dire : « Mon petit Napoléon ». Piteux Napoléon ! Elle est menue, fragile, blanche ; une porcelaine craquelée. N’y touchez pas : elle est brisée. Pardon ! On plaisante toujours un peu sa maman. À peine entrée, elle a déployé son mouchoir, m’embrasse, étale sur mon lit des poires, des raisins, des bonbons, pleure. Elle restera pendant deux heures : pendant deux heures elle pleurera. À la maison, elle pleurera pendant les autres heures. À cause de moi. Pauvre maman !

folie

If others had not been foolish, we should be so.
(Proverbs of hell)
Si d’autres n’avaient pas été fous, il nous faudrait l’être.
(Proverbes de l’enfer)
C’est parce que d’autres ont été fous, que nous, nous pouvons ne pas l’être.
(Traduction d’André Gide)

folie

Il y a des fous partout, même dans les asiles.

folie

Il y a plus de fous que de sages, et dans le sage même, il y a plus de folie que de sagesse.

folie

I was the first crazy person
I’d known.
(88th Chorus)
j’étais le premier fou
Que j’ai connu.
(88e Chorus)

folie

  Je me souviens d’un film. Dans la caverne du nain, le jeune Siegfried s’est forgé une épée. Il la trouve belle, la tend devant lui, jette en l’air une plume, la reçoit sur le tranchant, et la plume continue de tomber, coupée tout bonnement en deux. J’ai réfléchi à cette plume. Certains esprits n’ont pas de fil. L’idée tombe dessus et s’accroche bêtement, flocon de neige sur une branche. Sur d’autres, l’idée se divise. Une idée tombait, en voici deux. Papa me le reprochait à sa façon :
  — Tu coupes les cheveux en quatre.
  Plumes en deux, cheveux en quatre, on pense double, on souffre en plus fin, même pour des niaiseries. Mais est-on fou ?
  Je connais quelques jeunes gens. Ils ont étudié, ils savent tout, ils ont des guides sûrs, ils s’adossent à des principes solides, en marbre : des colonnes. Belle bleue ratée, je ne sais rien. Mes colonnes cèdent dans mon dos comme de la toile peinte. Je le regrette et je me fiche par terre. Est-ce être fou ?
  Par malheur ou niaiserie, je n’ai pas poussé très avant mes études. Néanmoins, je lisais. M’en a-t-on fait le reproche ! Je lisais trop, je lisais des choses trop savantes, je lisais des choses « à me tournebouler la tête ». Peut-être. Un livre, le voir m’émeut déjà. Je dois l’ouvrir, en attraper une page, une phrase, un mot, ajouter à la mienne ce rien de la pensée d’autrui. J’ai lu Pascal ; j’ai lu Montaigne. J’ai trouvé, chez les deux, une même idée : la planche au-dessus du gouffre, ou la poutre entre les deux tours de Notre-Dame d’une grosseur telle qu’il nous la faudrait pour marcher dessus si elle était à terre et dont l’idée donne déjà le vertige. Les tours de Notre-Dame, c’est bien haut ? J’ai connu de ces planches niaisement – oui, je dis : niaisement – couchées par terre, dans l’au jour le jour de la vie et j’ai passé dessus, en plein vertige ! Est-ce être fou ?

folie

La folie est la logique d’un esprit rigoureux surmené.

folie

  — La santé de l’esprit est une imperfection, a dit Sanchez en avalant deux cachets.

(Dix branlettes.)

folie

Le fou se reconnaît sans clochette.

folie

Le pressentiment de la folie se double de la peur de la lucidité dans la folie, la peur des moments de retour à soi, où l’intuition du désastre risque d’engendrer une folie. On aimerait le chaos, mais on a peur de ses lumières.

folie

Le sage montre la lune, le fou regarde le doigt.

folie

Les confidences de fous, je passerais ma vie à les provoquer. Ce sont gens d’une honnêteté scrupuleuse, et dont l’innocence n’a d’égale que la mienne.

folie

Les hommes m’ont dit fou, mais la question reste ouverte : la folie est-elle, ou n’est-elle pas, la forme suprême de l’intelligence ? Jaillit-elle des troubles d’un esprit exalté ?

folie

Les psychiatriques sont des gens à qui on explique tout le temps qu’ils n’ont pas ce qu’ils ont et qu’ils ne voient pas ce qu’ils voient, alors ça finit par les rendre dingues.

folie

Once I had a little game
I liked to crawl back into my brain
I think you know the game I mean
I mean the game called « go insane »

Now you should try this little game
Just close your eyes forget your name
Forget the world, forget the people
And we’ll erect a different steeple.

This little game is fun to do.
Just close your eyes, no way to lose.
And I’m right there, I’m going too.
Release control, we’re breaking through.
Autrefois j’avais un petit jeu
J’aimais me retourner en rampant dans mon cerveau
Je pense que vous connaissez le jeu dont je parle
Je parle de ce jeu qu’on appelle « devenir fou »

Maintenant vous devez essayer ce petit jeu
Fermez seulement les yeux, oubliez votre nom
Oubliez le monde, oubliez les personnes
Et nous érigerons un clocher différent

Ce petit jeu est amusant.
Fermez simplement vos yeux, il est impossible de perdre.
Et je suis ici, je viens aussi.
Abandonnez-vous, nous passons de l’autre côté.

folie

Rien n’est plus sot que de traiter avec sérieux de choses frivoles ; mais rien n’est plus spirituel que de faire servir les frivolités à des choses sérieuses. C’est aux autres de me juger ; pourtant, si l’amour-propre ne m’égare, je crois avoir loué la Folie d’une manière qui n’est pas tout à fait folle.
  À qui me reprocherait de mordre, je répondrais que l’écrivain eut toujours la liberté de railler impunément les communes conditions de la vie, pourvu qu’il n’y fit pas l’enragé. J’admire la délicatesse des oreilles de ce temps, qui n’admettent plus qu’un langage surchargé de solennelles flatteries. La religion même semble comprise à l’envers, quand on voit des gens moins offusqués des plus gros blasphèmes contre Jésus-Christ, que de la plus légère plaisanterie sur un pape ou sur un prince, surtout s’ils mangent son pain.
  Critiquer les mœurs des hommes sans attaquer personne nominativement, est-ce vraiment mordre ? N’est-ce pas plutôt instruire et conseiller ? Au reste, ne fait-je pas sans cesse ma propre critique ? Une satire qui n’excepte aucun genre de vie ne s’en prend à nul homme en particulier, mais aux vices de tous. Et si quelqu’un se lève et crie qu’on l’a blessé, c’est donc qu’il se reconnaît coupable, ou tout au moins s’avoue inquiet.
(Lettre à Thomas Morus)

folie

Seigneur, ayez pitié, ayez pitié des fous et des folles ! O Créateur ! peut-il exister des monstres aux yeux de celui-là seul qui sait pourquoi ils existent, comment ils se sont faits, et comment ils auraient pu ne pas se faire…

folie

Songeant à cette rétrospective nécrophile, il comprit une seconde comment l’on devient fou.

folie

Un fou, c’est un homme qui croit tout ce qui lui vient à l’esprit.

folie

  XLVII. — Je n’attends point de vœux ; je ne me mets pas en colère ; je ne réclame pas d’offrande expiatoire pour un détail omis dans un rite. Je ne remue point ciel et terre, si l’on a convié les autres Dieux en me laissant à la maison ou si l’on ne m’a pas admise à flairer l’odeur des victimes. Sur ce point, les divinités sont tellement exigeantes qu’on a plus d’avantage et de sécurité à les négliger qu’à les servir ; il y a comme cela des hommes de caractère si fâcheux et si faciles à irriter, qu’il vaudrait mieux les ignorer incomplètement que des les avoir pour amis.