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Œuvre "Au sud de nulle part : Contes souterrains" : 12 résultats (sur 3390 citations)

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[…], et puis j’ai réalisé que tout le monde souffrait en permanence, y compris ceux qui faisait semblant de ne pas souffrir. J’ai jugé ma découverte importante. J’ai regardé le vendeur de journaux et j’ai pensé, hmmmm, hmmmm, ensuite j’ai regardé un passant et j’ai pensé, hmmmm, hmmmm, hmmmmmm, et au croisement près de l’hôpital une voiture noire neuve a tourné au feu et renversé une ravissante jeune fille en minijupe bleue, elle était blonde, avec des rubans bleus dans les cheveux, elle s’est assise dans la rue au soleil, un liquide écarlate coulait de son nez.
(Docteur nazi)

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  « […]
  — Et puis t’es tellement lugubre, tu restes, là, comme une chiffe molle. Les écrivains sont tellement… précieux… vous pouvez pas saquer les gens. L’humanité pue, c’est bien ça ?
  — Exactement.
  […]
  — Tu comptais faire quelque chose ce soir ?
  — J’avais l’intention d’écouter les chants de Rachmaninov.
  — Qui c’est ?
  — Un Russe, mort.
  — Regarde-toi. T’es complètement avachi.
  — J’attends. Certains ont attendu deux ans. Parfois, ça ne revient jamais.
  — Et si ça ne revenait jamais ?
  — J’enfilerais mes godasses et j’irais me balader dans la Grande Rue.
  — Pourquoi ne prends-tu pas un boulot décent ?
  — Il n’y a pas de boulot décent. Si un écrivain ne réussit pas à créer, il est mort.
  — Oh ! allez, Carl ! Il y a des millions de gens dans le monde qui bossent sans créer quoi que ce soit. Est-ce que tu veux dire par là qu’ils sont morts ?
  — Oui.
  — Et toi tu as une âme ? Tu es l’un des rares qui aient une âme ?
  — Je le crois assez.
  — Je le crois assez ! Toi et ta petite machine écrire ! Toi et tes chèques dérisoires ! Ma grand-mère gagne plus de blé que toi ! »
(Tu ne sais pas écrire une histoire d’amour)

quotation

J’écoutais les trois malades se plaindre de la nourriture, du prix de l’hôpital, se plaindre des médecins et des infirmières. Quand l’un parlait, les deux autres ne semblaient pas écouter : en tout cas, ils ne répondaient rien. Puis un autre enchaînait. Ils bavassaient à tour de rôle. Il n’y avait rien d’autre à faire. Ils déblatéraient dans le vague, changeant de sujet toutes les trois phrases.
(Tous les trous du cul de la terre et le mien)

guerre

Je ne reproche aucunement à la guerre que je doive tuer quelqu’un ou que je puisse être tué sans raison, tout cela n’a que peu d’importance. Ce que je lui reproche, c’est de m’empêcher de rester assis dans une petite chambre pour crever la dalle, picoler du vin dégueulasse et délirer à ma façon, quand j’en ai envie.
  Je ne voulais pas me réveiller au son de la trompette. Je ne voulais pas dormir dans une caserne avec une bande de jeunes Américains pleins de santé obsédés frustrés amateurs de football suralimentés masturbateurs aimant les vannes lourdingues adorables trouillards roses accrochés à leur maman modeste jouant au basket, avec qui je devrais faire ami-ami, avec qui je devrais me farcir à longueur de journée, et dont je devrais écouter les innombrables plaisanteries salaces, grossières et chiantes. Leurs couvertures, leurs uniformes et leur humanité me donnaient de l’urticaire. Je ne voulais pas chier au même endroit qu’eux, pisser au même endroit qu’eux ni partager les mêmes putains qu’eux. Je ne voulais pas voir leurs ongles de pied ni lire les lettres de leurs parents. Je ne voulais pas voir leurs culs tressauter devant moi en formation serrée, je ne voulais pas copiner avec eux, je ne voulais pas m’en faire des ennemis, je ne voulais tout bonnement pas d’eux, ni de ça ni de rien de tel. Tuer ou être tué, c’était accessoire.
(Guerre et taule)

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Je préférais crever la dalle plutôt que de vivre leur vie ; je filais me cacher au fin fond de mon propre esprit.
(Voilà ce qui a tué Dylan Thomas)

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  Je savais que les queues me tuaient. Je ne pouvaient pas m’y faire, pourtant tout le monde s’y faisait. Tout le monde était normal, sauf moi. La vie était belle, pour eux. Ils pouvaient faire la queue sans souffrir. Ils pouvaient faire la queue jusqu’à la mort. En fait, ils aimaient faire la queue. Ils papotaient, se marraient, souriaient, flirtaient. Ils n’avaient rien d’autres à faire. Ils n’imaginaient pas autre chose. Dire que je devais contempler leurs oreilles, leurs bouches, leurs cous, leurs jambes, leurs culs, leurs narines, tout le tintouin. Je sentais des vapeurs méphitiques et mortelles sourdre de leurs corps ; quand j’écoutais leurs conversations, j’avais envie de hurler : « Jésus Marie Joseph, au secours ! Dois-je vraiment souffrir à ce point pour acheter deux cents grammes de bidoche et une baguette ? ».
(Docteur nazi)

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  « Je sens la douleur pénétrer par tous les pores de mon corps. C’est comme une seconde peau. J’aimerais pouvoir muer comme un serpent, me débarrasser de cette peau.
  — Eh bien, pourquoi ne pas t’allonger sur le tapis, histoire d’essayer ?
  — Dis-moi, demanda-t-il, où donc t’ai-je rencontrée ?
  — Dans un restau, chez Barney.
  — Ah ! bon, maintenant je comprends mieux. Prends donc une bière. »
(Tu sais pas écrire une histoire d’amour)

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  — Les hommes, dit Hemingway, deviennent des intellectuels pour échapper au désespoir.
  — Les hommes deviennent des intellectuels pour échapper à la peur, non au désespoir.
  — La différence entre la peur et le désespoir est…
  — Bingo ! j’ai fait, un intellectuel !… À boire…
(Pas de coup et mauvais comme une teigne)

quotation

  « Mon poussin, il s’agit de business, pas de sport. Nous ne voyons pas l’intérêt de blesser les gens, suis-je clair ? »
(Le Christ à patins à roulettes)

quotation

Pourtant, ces dimanches étaient sympas, la plupart des dimanches étaient sympas, minuscules lumières dans les jours sombres de la dépression, quand nos pères arpentaient leurs porches, impotents, sans travail, et nous regardaient nous dérouiller, puis rentraient pour fixer les murs, hésitant à allumer la radio à cause de la note d’électricité.
(Tap tap contre le rideau)

ancienneté

Pourtant, les zombis qui restent longtemps à la même place acquièrent parfois des miettes de pouvoir et de prestige.
(Deux pochards)

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Que peut faire un poète sans la souffrance ? Il a autant besoin d’elle que d’une machine à écrire.
(Voilà ce qui a tué Dylan Thomas)