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UN PETIT BOUT DE CONVERSATION
[…] Mais Larry n’écoute pas. Il prépare son fusil. Il est parti pour Mexico chez les révolutionnaires. Les révolutionnaires bâillaient et buvaient de la téquila [sic]. Plus la barrière de la langue. Aujourd’hui, c’est le Canada. Ils ont une réserve d’armes et de nourriture dans un État du Nord. Mais ils n’ont pas la bombe atomique. Il sont baisés. Et pas d’aviation non plus.
  — Les Vietnamiens n’en ont pas. Ils s’en sortent très bien.
  — Oui, parce que avant de lancer la bombe A il faut faire gaffe à la Russie et à la Chine. Mais suppose qu’on décide de bombarder une réserve pleine de petits Castro dans l’Oregon ?
  — Tu parles comme un bon Américain.
  — Je fais pas de politique. J’observe.
  — Heureusement que tout le monde fait pas comme toi, ça ne nous mènerait pas loin.
  — Ça nous a mené loin ?
  — Je ne sais pas.
  — Moi non plus. Mais je sais que beaucoup de révolutionnaires sont des cons, et des RASEURS, des raseurs de première en plus. Mec, je dis pas qu’il ne faut pas aider les pauvres, éduquer les analphabètes ou mettre les malades à l’hôpital. Je dis que la soutane se porte bien chez les révolutionnaires, et que certains sont de pauvres diables bouffés par l’acné, des cocus qui portent d’infects petits badges pour la Paix au bout d’une ficelle qui leur pendouille autour du cou. La plupart sont des suiveurs qui bosseraient aussi bien pour la General Motors. S’ils étaient capables de se fixer. J’en ai assez de passer de petits chefs en petits chefs. On fait ça à chaque élection.
  — Je crois tout de même que la révolution nous débarrasserait d’un chié paquet de merdes.
  — Qu’elle gagne ou qu’elle perde, c’est du kif. La révolution nous débarrassera d’un paquet de bonnes choses et d’un paquet de mauvaises. L’histoire se fait très lentement. Moi, j’irai m’installer dans un arbre.
  — Rien de tel pour observer.
  — Ouais. Reprends donc de la bière.
  — Tu continues de parler comme un réactionnaire.
  — Tu continues de parler comme un réactionnaire.
  — Écoute, rabbin, j’essaie de voir le truc sous tous les angles, et pas seulement de mon point de vue. Le Système ne s’affole pas. Il faut lui reconnaître ça. Je discuterai toujours avec le Système. Je sais que je me frotte à un dur. Regarde ce qu’ils ont fait de Spock, des deux Kennedy, de Luther King, de Malcolm X. Fais la liste. Elle prend de la place. Si tu fonces dans le gras du bide des costauds, tu te retrouves en train de sucer les racines de pissenlit à Forest Lawn. Pourtant, les temps changent. Les jeunes pensent mieux que les vieux, les vieux clamsent. Il doit y avoir moyen d’y arriver sans tuer tout le monde.
  — Ils t’ont fait craquer. Pour moi, c’est « la Victoire ou la Mort ».
  — C’est ce que disait Hitler. Il a eu la Mort.
  — Tu écris des trucs du genre de Rue de la Peur, et tu veux parader et serrer la main des tueurs.
  — Je t’ai serré la main, rabbin ?
  — Tu tournes tout en dérision alors qu’en ce moment précis on commet des cruautés.
  — Tu parles de la mouche et de l’araignée ou du chat et de la souris ?
  — Je parle de l’Homme contre l’Homme, quand l’Homme a les moyens de faire autrement.
  — Il y a du vrai dans ce que tu dis.
  — Pas qu’un peu. Il n’y a pas que toi qui aies une grande gueule.
  — Alors que conseilles-tu, de brûler la ville ?
  — Nom, de brûler la nation.
  — Tu feras vraiment un sacré rabbin.
  — Merci.
[…]
  — Je crois tout de même que tu es un peu lâche.
  Oui, c’est sûr. Le lâche est un homme qui prévoit l’avenir. Les héros ont rarement de l’imagination.
[…]
Et seules quelques perdrix solitaires se souviendront que les dés ont roulé et que les murs ont souri. Bonne nuit.