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  – Elle n’est pas là, fit une voix agressive. Clac. L’écouteur cliqueta comme un pistolet automatique. Il secoua la fourche. « Allô ! Allô ! » Il avait dans l’oreille le murmure des planètes lointaines, dérivant dans le vide moelleux de l’éther. Ce n’est pas la peine, se dit-il, nous suivons des orbites différents. Le monde n’était qu’un champ d’énergie aveugle, dans lequel microcosme et macrocosme évoluaient selon les caprices d’un monarque fou.
  En arrivant à Hyde Park, il était ivre de bien-être. Il sentait le flux et le reflux du sang clair dans ses veines. Au rythme d’un balancier d’horloge, il le sentait monter, descendre, dilatant son cœur, submergeant sa vision, il en sentait la palpitation dans ses membres. Du sang fluide, rouge, éclatant : euphorique, il rendait les hommes sages, lucides, sains d’esprit ; dilué, il apportait la mollesse, les névroses, le désespoir et le vague à l’âme ; coagulé, il provoquait les scintillements diaprés du solipsisme, la terreur de l’épilepsie et du choléra, les hiérarchies de caste, l’ampleur incommensurable de la folie. En un seul globule rouge se trouvaient réunies assez d’énigmes pour confondre toutes les universités scientifiques. Les hommes naissaient dans le sang, et dans le sang ils mouraient. Le sang était puissant, fécond, magique. Le sang était une extase de souffrance et de beauté, un miracle de destruction créatrice, un atome de l’essence divine, peut-être l’essence divine elle-même. Là où coulait le sang, la vie était forte. Là où un chant s’élevait, le sang coulait, et là où la foi s’élevait, le sang coulait. Le sang coulait dans un coucher de soleil, dans les fleurs des champs, dans le regard des maniaques et des prophètes, dans le feu des pierres précieuses. Partout où étaient la vie et les chants, l’ivresse, la foi et le triomphe, était le sang.